Sécurité alimentaire : comment anticiper les risques d’un système interconnecté

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José María Ferrer Villar

03 Nov 2026

La publication récente du dernier rapport du Joint Research Centre (JRC), EU food system monitoring framework Extending the framework towards governance and resilience 2026, élargit la perspective sur les facteurs susceptibles de conditionner l’application et l’évolution de la législation alimentaire européenne. Si nous y ajoutons les informations concernant la cyberattaque qui, en octobre, a affecté les systèmes de réfrigération de centaines de supermarchés français, entraînant le retrait de denrées alimentaires dont l’état ne pouvait être garanti, nous pouvons constater que l’application de la législation alimentaire dépend également de facteurs technologiques, environnementaux et économiques susceptibles de compromettre les conditions dans lesquelles les aliments sont produits, conservés et commercialisés. Cette vision plus large est présente dans le nouveau cadre de suivi du système alimentaire de l’UE développé par le JRC, qui intègre des indicateurs relatifs à la gouvernance et à la résilience, en complément des dimensions traditionnelles du système alimentaire.

 

La législation alimentaire continue de partir de la protection du consommateur

Le point de départ ne change pas. La législation alimentaire de l’Union européenne s’articule autour d’un niveau élevé de protection de la vie et de la santé des personnes, reposant sur l’analyse des risques, la responsabilité des opérateurs et les contrôles officiels. Le règlement (CE) nº 178/2002 constitue la base de ce système et établit des principes qui restent pleinement valables.

Ce qui change, c’est le contexte dans lequel ces principes doivent être appliqués. La numérisation des procédés, la pression sur des ressources telles que l’eau, la dépendance à certains intrants, les changements dans les systèmes de production ou les perturbations des chaînes d’approvisionnement peuvent finir par avoir des conséquences sur la sécurité des aliments. L’intérêt de l’approche du JRC réside précisément dans le fait qu’elle aide à observer ces conditions avant qu’elles ne se traduisent par des problèmes nécessitant une réponse réglementaire.

 

De la conformité réglementaire à la capacité d’anticipation

Pour les entreprises alimentaires, cette approche ne signifie pas remplacer les obligations légales existantes ni élargir automatiquement leur portée. La sécurité des aliments continue de reposer sur le respect des exigences applicables, l’autocontrôle, la traçabilité et la gestion des dangers associés à chaque activité. Cependant, l’évolution du contexte oblige à se demander si les systèmes mis en place restent adaptés lorsque les conditions de production, de conservation ou d’approvisionnement changent.

Le cas de la réfrigération en France est particulièrement révélateur. Du point de vue de la législation alimentaire, ce qui importe n’est pas uniquement l’origine informatique de l’incident, mais aussi ses effets sur une condition essentielle pour garantir la sécurité de certaines denrées alimentaires : le maintien de la température. Lorsque cette condition n’est plus assurée, l’opérateur doit évaluer la conformité et la sécurité des produits concernés et empêcher qu’ils ne parviennent au consommateur si leur état ne peut être garanti.

 

Eau, intrants et changements dans les systèmes de production : implications réglementaires

L’eau constitue un autre bon exemple. Sa disponibilité et sa qualité conditionnent de nombreuses activités de production et de transformation. Une situation de pénurie peut favoriser l’utilisation de sources alternatives, des changements dans les pratiques d’irrigation ou de nouvelles solutions de réutilisation. Du point de vue réglementaire, l’aspect essentiel sera de déterminer, dans chaque cas, si ces modifications affectent les exigences applicables et si elles introduisent des dangers ou des voies d’exposition qui doivent être évalués et maîtrisés.

La même logique peut s’appliquer à la substitution de matières premières, d’engrais, d’aliments pour animaux ou d’autres intrants. Une plus grande diversification peut améliorer la continuité de l’approvisionnement, mais tout changement doit également être analysé au regard de la réglementation applicable : composition, contaminants, résidus, additifs, matériaux au contact des aliments, hygiène, traçabilité ou information des consommateurs. La résilience de l’approvisionnement ne peut se construire indépendamment de la sécurité et de la conformité légale des aliments.

 

Une réglementation mieux adaptée aux évolutions du système alimentaire

Pour les autorités, l’utilité de ce type d’indicateurs réside dans le fait qu’ils complètent les informations déjà fournies par les systèmes d’alerte, les contrôles officiels, la surveillance épidémiologique et l’évaluation scientifique. Certaines tendances environnementales, productives ou économiques peuvent servir à orienter les priorités de surveillance ou à identifier les domaines dans lesquels il convient de renforcer la production de données. Elles ne devraient toutefois pas être confondues avec une évaluation des risques ni justifier, à elles seules, de nouvelles exigences réglementaires.

Cette prudence est particulièrement importante. La législation alimentaire européenne prévoit des procédures spécifiques pour évaluer et gérer les risques. L’intégration d’informations sur des facteurs externes peut améliorer la capacité d’anticipation, mais les décisions qui affectent les opérateurs et les produits doivent continuer de reposer sur une base scientifique suffisante, respecter le principe de proportionnalité et tenir compte des incertitudes existantes.

 

Ce que cela signifie pour les entreprises alimentaires

Pour les entreprises, la principale conséquence pratique est la nécessité de relier plus étroitement la veille réglementaire à la gestion de l’activité et de la sécurité des aliments. Il ne suffit pas de prendre connaissance d’une nouvelle réglementation lors de sa publication. Il est également utile de suivre les facteurs susceptibles d’entraîner des changements réglementaires ou de nécessiter des adaptations des plans d’autocontrôle, des spécifications des fournisseurs, des systèmes de traçabilité, des procédés de production ou des informations fournies aux consommateurs.

Cela est particulièrement pertinent pour des questions telles que la disponibilité et la qualité de l’eau, la substitution d’ingrédients et de fournisseurs, les changements technologiques, la continuité de la chaîne du froid ou l’apparition de nouvelles sources d’exposition. L’entreprise qui identifie ces changements de manière anticipée sera mieux placée pour évaluer leur impact réglementaire et adapter ses systèmes avant qu’un problème de conformité ou de sécurité des aliments ne se concrétise.

Conclusion

Le cadre du JRC est pertinent pour la législation alimentaire, non pas parce qu’il modifie les obligations en vigueur, mais parce qu’il aide à les situer dans un système de production de plus en plus interdépendant. La sécurité des aliments continuera de dépendre de l’évaluation des risques, de la responsabilité des opérateurs, de l’autocontrôle et de l’action des autorités compétentes.

La différence réside dans la capacité d’anticipation. Intégrer les changements technologiques, environnementaux, productifs et économiques dans la veille réglementaire peut aider à détecter plus tôt les domaines dans lesquels il sera nécessaire de revoir les contrôles, d’obtenir de nouvelles données probantes ou d’adapter le cadre réglementaire. Pour les entreprises et les autorités, le défi consistera à intégrer cette vision plus large sans confondre les signes de changement avec des risques démontrés et sans perdre de vue les principes scientifiques et juridiques qui sous-tendent la législation alimentaire européenne.

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José María Ferrer Villar

Responsable de Asuntos Regulatorios Alimentarios

Desde que me incorporé a AINIA en 1997, he trabajado en el ámbito del Derecho Alimentario. Por mi formación en Derecho y mi especialización en el ámbito agroalimentario he podido abordar actividades asociadas con la consultoría y con la docencia a través la participación en proyectos multidisciplinares en colaboración con empresas de distintos sectores agroalimentarios. Me motiva especialmente aplicar el conocimiento técnico a retos reales del mercado, facilitando la interpretación y aplicación del Derecho Alimentario por parte de los operadores.

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