La Commission européenne a publié trois recommandations visant à renforcer le contrôle et la collecte de données sur les contaminants émergents et les substances d’intérêt dans les aliments pour animaux. De nouvelles mesures de suivi sont proposées pour les alcaloïdes pyrrolizidiniques, les alcaloïdes de l’ergot et les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS), contaminants sur lesquels les avancées scientifiques et les évaluations des risques de l’EFSA apportent de nouvelles informations très pertinentes pour le secteur.
Dans cet article, nous analysons les principales nouveautés réglementaires, les types de substances faisant l’objet d’un contrôle, ainsi que les matières premières et les aliments pour animaux concernés. L’évolution technique a contribué à l’établissement de la Recommandation (UE) 2026/1210 de la Commission, du 9 juin 2026, relative au contrôle de la présence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques dans les aliments pour animaux. La disponibilité d’une méthode d’analyse des alcaloïdes pyrrolizidiniques dans les aliments pour animaux permet d’établir des mesures de contrôle comme étape préalable à l’établissement d’autres mesures législatives visant à fixer des teneurs maximales pour ce type de contaminants dans les aliments pour animaux. Depuis 2020, la méthode analytique développée par le laboratoire européen de référence pour les mycotoxines et les toxines végétales dans les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (Wageningen Food Safety Research (WFSR)) est disponible et, en 2023, la norme EN 17683:2023 a été publiée établit une méthode de laboratoire validée pour quantifier les alcaloïdes pyrrolizidiniques dans les aliments pour animaux et les fourrages par chromatographie liquide en tandem avec spectrométrie de masse (LC-MS/MS). Les alcaloïdes pyrrolizidiniques qu’il est recommandé d’analyser sont les suivants :
- intermédine/lycopsamine et N-oxyde d’intermédine/N-oxyde de lycopsamine,
- sénécionine/sénécivernine et N-oxyde de sénécionine/N-oxyde de sénécivernine,
- sénéciphylline et N-oxyde de sénéciphylline,
- rétrorsine et N-oxyde de rétrorsine,
- équimidine et N-oxyde d’équimidine,
- lasiocarpine et N-oxyde de lasiocarpine,
- europine et N-oxyde d’europine,
- senkirkine,
- héliotrine et N-oxyde d’héliotrine,
- jacobine et N-oxyde de jacobine,
- jaconine et N-oxyde de jaconine,
- érucifoline et N-oxyde d’érucifoline.
Des échantillons des types d’aliments pour animaux suivants seront prélevés :
- herbe ensilée,
- foin,
- fourrage et fourrage grossier (secs), tels que la luzerne et le sainfoin (Onobrychis viciifolia),
- herbes, mélanges d’herbes et extraits de plantes composés de plantes (ou de parties de celles-ci) dont on sait qu’elles contiennent des alcaloïdes pyrrolizidiniques, ou contaminés par ces plantes, ou produits à partir de ces plantes (ou de parties de celles-ci),
- aliments composés pour animaux contenant des herbes, des mélanges d’herbes et des extraits de plantes.
Dans le cas du contrôle de la présence d’alcaloïdes de l’ergot dans les aliments pour animaux, l’adoption de la Recommandation (UE) 2026/1243 de la Commission s’inscrit dans la continuité de la législation relative aux substances indésirables dans les aliments pour animaux, ainsi que des travaux réalisés par l’EFSA pour évaluer le risque des principaux alcaloïdes de l’ergot. Les mesures de contrôle portent au minimum sur l’analyse des alcaloïdes de l’ergot suivants :
- l’ergocristine ou l’ergocristinine,
- l’ergotamine ou l’ergotaminine,
- l’ergocryptine ou l’ergocryptinine (isomères α et β),
- l’ergométrine ou l’ergométrinine,
- l’ergosine ou l’ergosinine,
- l’ergocornine ou l’ergocorninine.
- Il est également recommandé d’analyser l’ergovaline ou l’ergovalinine, l’agroclavine, la dihydroergosine et le lolitrème B.
Les contrôles seront effectués sur :
- céréales et leurs produits dérivés,
- graminées et leurs produits dérivés, y compris le fourrage,
- aliments composés pour animaux.
Les questions relatives aux substances perfluoroalkylées (PFAS) vont au-delà du règlement (UE) 2025/40 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages, la Recommandation (UE) 2026/1307 de la Commission prévoit des mesures de surveillance de ces substances. En outre, des risques pour la santé humaine, les travaux de l’EFSA évaluent également le transfert des PFAS des aliments pour animaux vers les denrées alimentaires d’origine animale ou à partir du sol ingéré par les animaux d’élevage qui grattent le sol à la recherche de nourriture et de l’eau d’abreuvement destinée aux animaux. Conformément à cette approche, il est nécessaire de recueillir des données sur la présence de PFAS dans les aliments pour animaux et, également, dans le sol, lorsque la présence de PFAS dans les denrées alimentaires d’origine animale peut être liée à la présence de PFAS dans le sol. La recommandation (UE) 2026/1307 propose le contrôle, au cours des années 2026, 2027 et 2028, de la présence de PFAS dans les aliments pour animaux :
- acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) ;
- acide perfluorooctanoïque (PFOA) ;
- acide perfluorononanoïque (PFNA) ;
- acide perfluorohexanesulfonique (PFHxS).
La présence de PFAS sera étudiée dans :
- poissons, autres animaux aquatiques et leurs produits dérivés utilisés comme aliments pour animaux,
- farine d’algues marines et matières premières pour aliments pour animaux provenant d’algues marines,
- aliments pour animaux d’origine minérale,
- fourrage, fourrage ensilé, foin et herbe fraîche,
- aliments liquides pour animaux,
- aliments composés pour animaux contenant du poisson, d’autres animaux aquatiques et leurs produits dérivés ou des farines d’algues marines et des matières premières pour aliments pour animaux provenant d’algues marines.
L’évolution des méthodes analytiques et les progrès des connaissances scientifiques continuent de stimuler le développement de nouvelles mesures réglementaires en matière de sécurité des aliments pour animaux. Ces recommandations mettent en évidence l’importance de renforcer la surveillance des contaminants émergents et des substances susceptibles d’avoir un impact sur la santé animale et humaine. Pour les entreprises du secteur, anticiper ces tendances réglementaires sera essentiel pour garantir la conformité réglementaire et répondre aux futures exigences de la chaîne agroalimentaire.