L’application générale du règlement européen relatif aux emballages et aux déchets d’emballages, connu sous le nom de PPWR, à partir du 12 août 2026, représente un changement important pour les entreprises de la chaîne alimentaire. Bien que les exigences liées à la sécurité des matériaux au contact des aliments continuent d’être principalement réglementées par la législation spécifique relative aux matériaux au contact des aliments, le nouveau cadre renforce les exigences dans des domaines tels que la durabilité, la recyclabilité, l’incorporation de matériaux recyclés et la traçabilité des emballages.
Ce contexte renforce la nécessité de disposer de preuves techniques permettant de démontrer à la fois la conformité des matériaux et la sécurité des emballages alimentaires tout au long de leur cycle de vie.
L’adaptation ne doit pas être comprise uniquement comme une mise à jour documentaire. Les nouvelles exigences s’intègrent dans un cadre réglementaire déjà vaste, dans lequel convergent la législation relative aux matériaux au contact des aliments, les modifications successives du règlement (UE) 10/2011 relatif aux matériaux plastiques, les restrictions applicables à certaines substances et les exigences associées aux matériaux recyclés.
Dans ce contexte, le laboratoire de matériaux au contact des aliments joue un rôle fondamental dans la transformation des obligations réglementaires en preuves objectives permettant d’évaluer la sécurité et l’adéquation des emballages.
L’analyse doit répondre à l’utilisation réelle de l’emballage
Tous les matériaux ne se comportent pas de la même manière et tous les emballages ne sont pas destinés aux mêmes applications. Le type d’aliment, la durée de contact, la température, les traitements thermiques ou les conditions de stockage peuvent influencer l’interaction entre l’emballage et le produit.
L’objectif ultime est de garantir que le matériau ne transfère pas de composants à l’aliment en quantités susceptibles de compromettre la santé humaine, de modifier de manière inacceptable la composition de l’aliment ou d’altérer ses caractéristiques organoleptiques.
C’est pourquoi une stratégie analytique pour les emballages alimentaires ne devrait pas être envisagée de manière générique, mais construite à partir de l’utilisation prévue du matériau. L’objectif est de vérifier que l’emballage conserve sa sécurité et sa fonctionnalité dans les conditions dans lesquelles il sera réellement utilisé.
Cette approche revêt une importance particulière lorsque l’entreprise réalise des opérations de transformation sur le matériau reçu. Des procédés tels que le thermoformage ou le soufflage peuvent modifier les caractéristiques de l’emballage final et favoriser l’apparition de substances qui n’étaient pas présentes, ou ne se trouvaient pas aux mêmes concentrations, dans le matériau de départ.
Dans ces cas, les informations initialement fournies par le fournisseur peuvent devoir être complétées par de nouvelles preuves concernant l’article final.
Au-delà de la migration globale
Les essais de migration constituent un outil essentiel pour évaluer le transfert éventuel de composants du matériau vers l’aliment.
Bien que la migration globale reste une exigence fondamentale pour démontrer l’inertie globale du matériau, elle ne fournit pas, à elle seule, d’informations sur les substances qui migrent ni sur les risques potentiels associés à des composés spécifiques.
Pour cette raison, la sécurité d’un emballage alimentaire ne peut pas être déterminée uniquement au moyen d’une valeur générale. Il est nécessaire d’adopter une vision plus large qui prenne en compte aussi bien les substances réglementées et connues que celles susceptibles d’apparaître lors de la fabrication, de la transformation, du stockage ou de l’utilisation du matériau.
La stratégie de contrôle doit être définie en fonction de la composition de l’emballage, des informations disponibles sur les matières premières et des risques potentiels associés au processus de production. Cela permet de sélectionner les analyses les plus appropriées et d’éviter aussi bien des contrôles insuffisants que des programmes analytiques inutilement étendus.
NIAS : substances inévitables qui doivent être évaluées
L’un des domaines qui prend de plus en plus d’importance est celui des substances non intentionnellement ajoutées, connues sous le sigle anglais NIAS.
Ces substances ne sont pas délibérément incorporées dans la formulation du matériau. Elles peuvent provenir d’impuretés, de réactions entre composants, de processus de dégradation ou de transformations provoquées par la chaleur, la pression, le rayonnement ou d’autres conditions de fabrication.
La présence de NIAS dans les matériaux au contact des aliments n’implique pas automatiquement qu’un matériau soit dangereux. Le défi consiste à les détecter, à obtenir des informations sur leur concentration et à évaluer si elles peuvent représenter un risque dans les conditions d’utilisation prévues.
C’est pourquoi l’évaluation analytique des NIAS doit être accompagnée d’une interprétation toxicologique et d’une évaluation de l’exposition. Le résultat final doit permettre de prendre une décision fondée concernant la conformité et la sécurité de l’emballage.
PFAS, bisphénols et MOSH/MOAH : nouveaux axes de contrôle
L’évolution réglementaire et scientifique met l’accent sur différentes familles de substances présentant un intérêt particulier.
Les PFAS dans les emballages alimentaires présentent une difficulté particulière en raison de l’étendue et de la diversité des composés pouvant être regroupés sous cette dénomination. Leur présence éventuelle dans certains traitements de surface et matériaux présentant des propriétés de résistance aux graisses ou à l’humidité renforce la nécessité de revoir les formulations et les stratégies de contrôle.
Les restrictions concernant le bisphénol A et d’autres bisphénols dangereux ont également été renforcées. Cela concerne différents matériaux et composants utilisés au contact des aliments, de sorte que les entreprises doivent examiner aussi bien les informations reçues de leurs fournisseurs que les preuves disponibles pour démontrer la conformité.
D’autre part, les hydrocarbures d’huiles minérales MOSH et MOAH peuvent parvenir aux aliments à partir de différentes sources. L’emballage peut en être une, mais les matières premières, les lubrifiants, les processus de production ou les sources environnementales peuvent également intervenir.
Dans ces cas, la valeur du laboratoire ne réside pas uniquement dans la détection d’une présence éventuelle. Il doit également contribuer à différencier les interférences, à identifier l’origine probable et à orienter les mesures d’atténuation les plus appropriées.
Du résultat analytique à la prise de décision
Le laboratoire doit être compris comme un outil d’appui à la gestion des risques et non uniquement comme un mécanisme de vérification finale.
Une planification précoce permet de détecter les lacunes d’information, de donner la priorité aux matériaux les plus critiques et d’anticiper d’éventuels besoins de remplacement, de reformulation ou de validation.
Cette anticipation est particulièrement pertinente face à l’application du PPWR et à l’exigence croissante que les déclarations et les décisions de conformité soient étayées par une documentation technique suffisante.
Le nouveau contexte réglementaire représente une opportunité de revoir les systèmes de contrôle et de progresser vers une gestion intégrée de la sécurité des emballages. Une gestion dans laquelle la réglementation, la connaissance du matériau, les informations de la chaîne d’approvisionnement, les analyses de laboratoire et l’évaluation des risques sont interconnectées dès les premières phases de développement et de sélection de l’emballage.
Dans un contexte réglementaire de plus en plus exigeant, la sécurité des emballages alimentaires ne peut pas reposer uniquement sur des déclarations documentaires. La combinaison de la connaissance des matériaux, des informations de la chaîne d’approvisionnement, des essais analytiques et de l’évaluation des risques sera essentielle pour démontrer la conformité et garantir la protection du consommateur.
Dans ce contexte, le laboratoire devient un allié stratégique capable de transformer les exigences réglementaires en preuves techniques objectives permettant de prendre des décisions fondées.
Chez AINIA, nous travaillons avec les entreprises pour définir des stratégies analytiques adaptées à chaque matériau et à chaque application, évaluer les substances réglementées et non intentionnelles et interpréter les résultats dans une perspective de sécurité alimentaire et conformité réglementaire.
